) par Boulugre |
Un soir de désœuvrement et sous l'emprise d'un poison anisé, j'ai vidé mon frigo, réfléchi assez longtemps avant de me lancer dans une entreprise hasardeuse mais picaresque. Le concept du Hummer - sorte de toast sandwich à 50 étages - me trottait dans le cibouleau depuis des lustres. Manquait l'irresponsabilité pour passer à l'acte, comme trop souvent c'est l'alcool qui m'aura décidé. J'ai baptisé cette insanité le Bummer (le Hummer du Boulugre).
Ingrédients : - Quelques tranches de pain de mie un peu passé - 2 steaks de bœuf 100gr - Un reste de rôti de dinde - Du jambon de poulet - 2 saucisses de Strasbourg - Quelques frites - 1 oignon - Des toastinettes - Des restes de fromages divers - Des sauces (a)variées - Un reste de Relish (offert par FG-Boy cet été !) Une fois tout ce fatras étalé sur la table, j'ai commencé par toaster légèrement les tranches de pain de mie pour les rendre plus rigides, seul gage de la bonne tenue de l'ensemble. Puis les différentes viandes furent livrées à la poêle à feu vif, les oignons émincés cuisant dans le jus. Pendant ce temps les quelques frites doraient gentiment à part. Je ne savais pas vraiment à l'avance comment procéder pour l'assemblage. Ce fut une improvisation totale et désordonnée. L'unique difficulté consistait à parvenir à empiler tous les éléments de cette corne d'abondance sans que cela ne se vautre, tout comme dans les vieux jeux d'adresse MB. Et autant vous dire que je du m'y reprendre à plus d'une fois. De plus je devais prendre des photos à chaque étape (depuis on dirait que mon APN est tombé dans une friteuse). Le temps que ce véritable gratte-ciel alimentaire trouve son équilibre, les ingrédients s'étaient figés. Il fallait réchauffer tout cela. Je procédais donc à un périlleux transbordement jusqu'au micro onde. Ce n'est qu'après que rassemblant mes neurones je réalisais qu'une sorte de brochette piquée au travers préviendrait tout incident malheureux. Ne trouvant rien d'approchant, je me rabattais sur un bon vieux Bic. Après pesée (pas loin de 800gr !) et tirage du portrait sous toutes les coutures, il était enfin temps d'honorer mon petit dernier. Il a quand même une drôle de gueule, je songe avec dépit que si on le montre aux Burgerers anonymement ils diront tous : "ça sent le Boulugre"... Sorti du four, s'en échappe un fumet indescriptible. Ça sent très bon mais impossible de dire quoi. C'est comme de monter la cage d'escalier d'un HLM et sentir à chaque étage des odeurs de cuisine différentes et insolites. Pour la dégustation il me faut découper une tranche, impossible autrement à moins d'être un Thylacine (les incultes peuvent taper ce mot sur Google !). Un apprenti écrivain avait fait beaucoup de bruit avec sa fameuse "Première gorgée de bière", je dois dire que la première bouchée de mon Bummer restera gravée dans ma mémoire. C'était riche, onctueux, gras, d'une sapidité peu commune mais indescriptible quand à la saveur. En fait c'est du Gloubiboulga. Très rapidement l'enthousiasme décroit, l'écœurement prenant rapidement le pas sur la réjouissance tant attendue, mais je dois boire ma coupe de cigüe jusqu'à la lie. Ayant terminé ma première tranche je réalise que ce sandwich de compost est bougrement salé. La viande passe inaperçue, toutes les sauces mélangées annihilent toute sensation dominante (même si de fugaces notes piquantes de Relish percent par moment), j'ai l'impression que chaque bouchée détruit quelques millions de papilles sur ma langue. Il me reste 3 tranches à m'enfiler et je ne comprends plus trop ce qui m'arrive. En une heure trente j'en ai terminé. Je l'ai fini MAIS je suis fini. Je vais passer par des affres dantesques, un véritable délirium gastrique, des pertes de conscience, des sueurs acides, des éclairs d'angoisse abjecte comme si j'allais rendre mon dernier souffle, comme si tout ce sel et tout ce gras était directement passé dans mes veines, et cette question lancinante : "Qu'avais-je besoin de faire cela ?". Après une diète de 48h j'ai retrouvé mon intégrité physique, mais non psychique. L'expérience devait être tentée, mais (Fantomchris va me traiter de tarlouze !) tout cela m'aura laissé morose et honteux, et surtout va à l'encontre de mes prises de positions sur le forum en faveur d'une malbouffe maitrisée, adaptée, conciliant gourmandise et équilibre nutritionnel. J'ai l'impression d'être Omer Simpson. Je n'ai plus 20 ans et ce genre de conneries vont finir par me coûter cher. Est-ce donc la dernière de mes Boulugreries et vais-je me reconvertir dans les recettes lights ? Addendum : détail troublant, suite à cette expérience je n'ai au final évacué qu'une quantité fort minime, comme si toutes ces mauvaises choses étaient restées dans mon corps. Je me demande combien de jours il me reste à vivre... ** note mise par bix car Boulugre n'a pas voulu noter son burger ** Composition (de haut en bas) :- Entame de pain de mie - Sauce Pita - Rôti de dinde - Fromage brebis basque - Tranche de pain de mie - Sauce Steak & Grilled Onions - Patty de bœuf 100gr - Toastinettes Emmenthal + Cheddar - Tranche de pain de mie - Sauce Andalouse - Saucisses de Strasbourg - Oignon grillés - Tranche de pain de mie - Relish - Patty de bœuf 100gr - Toastinettes Emmenthal + Cheddar - Fromage Carré à la crème - Frites - Jambon de dinde - Fromage Morbier - Entame de pain de mie |
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Les plus : - 800gr de boustifaille ! Les moins : - 800gr de boustifaille ! - Un magma de saveurs informes dont aucune ne domine vraiment - Une esthétique discutable - Bougrement salé |
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Note du chroniqueur : 7 / 20 - Note des lecteurs : 20 / 20 - (1 Vote)
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