) par Boulugre |
En matière culinaire est-il possible de toujours aller plus loin, d’outrepasser la décence et le bon goût pour pénétrer dans la folie pure ? Aux vues de mes antécédents, cela paraissait difficile. Mais le monde est vaste, et la créativité des hommes est sans limite dans le domaine des nourritures absurdes et malsaines. Niveau bouffe de l’extrême, le Natto est plutôt bien placé aux côtés du Häkärl, du Durian, du Cuitlacoche, du Cachat de Buoux, du Bun Dae Ki et autres Surströmming. Pour les profanes, je préciserais donc que le Natto, spécialité japonaise, ce sont des graines de soja fermenté jusqu’à la putréfaction. En pourrissant les graines exsudent une sorte de gelée répugnante ainsi qu’un fumet proche de la charogne commune. Oh divine surprise, ma sœur dernièrement en vacances au Japon m’en ramène une pleine cargaison. Je peux donc tenter une version nippone du Spiderman Burger de Quick tant décrié.
Les ingrédients : Buns grande taille Environ 160 gr de viande de bœuf hachée fraîche à 20% de mg Une dose individuelle de Natto Une feuille de Nori (algues séchée pour sushis) 2 toastinettes Emmenthal Sauce Samouraï de Delays Sauce soja De manière à bien s’incorporer à la saveur prétendument subtile du Natto, j’ai choisi d’utiliser de la viande fraîche, du Nori pour faire local et la sauce Samouraï qui en soit n’a pas grand-chose de japonais mais sur laquelle je fais une petite fixation en ce moment. Quand à l’Emmenthal, sa saveur s’effacera, je ne l’utilise que pour donner du moelleux. Le Natto se présente sous forme de doses individuelles sous vide. J’ouvre le pot. Surprise, ça pue pas tant que ça, moi qui m’attendais à renifler le vieux slip d’un clodo, en fait le fumet de Natto est assez fugace. Par contre les graines ressemblent étonnement à des tiques de chien flottant dans le pus. Oups, je vais devoir m’armer de courage, la curiosité devra être plus forte que la répugnance. La préparation de ce chef d’œuvre d’indécence est déconcertante de simplicité. On toaste les buns légèrement, pendant ce temps les steaks frais cuisent à feu doux dans quelques gouttes de sauce soja. J’étale une bonne grosse dose de sauce Samouraï sur le bun inférieur et le Natto sur le supérieur. En fin de cuisson je pose 2 toastinettes sur un des steaks, puis la feuille de Nori pliée en 4. Puis je passe le Burger ouvert au four quelques instants. J’assemble le Burger, et vouala… Et bien maintenant il faut se jeter à l’eau. Je me sens un peu comme les concurrents d’un récent jeu télévisé qui étaient contraints de gober toutes crues d’ignobles grosses larves de palmiers. Je ne peux plus reculer. Dans quelques instants je ne serais plus le même, il y aura un avant et un après… Le fumet qui se dégage est peu engageant, en chauffant le Natto exhale des relents de méthane, de vieux Munster et de zoo. Qu’à cela ne tienne, j’enfourne… Et alors le feu d’artifice commence ! Tout d’abord, un moelleux incomparable du à la viande à 20% de mg cuite saignante et l’Emmenthal en quantité raisonnable. L’espèce de "slime" du Natto s’incorpore parfaitement à ce mélange, apportant un liant incroyable. L’arôme dominant est celui de la viande, mais dès la seconde mastication, les graines de Nattos sont broyées par les dents et dégagent une saveur subtile, légèrement amère, entre le topinambour et le cœur d’artichaut. Puis intervient le Nori légèrement amer lui aussi avec son arrière goût de laminaires. Et enfin dans l’arrière bouche intervient la sauce Samouraï qui vient parachever d’une note corsée et subtilement aigre ce festival des sens. Une fois avalée, cette première bouchée perdure dans des notes proches de la lentille verte et du réglisse. Ce Burger sera dégusté lentement, cérémonieusement. Et j’arriverais à son terme à regret, mais étonnement rassasié car ne l’oublions pas, le soja, c’est tout comme la viande des protéines ! Niveau émotions, ce Burger maison est de très loin celui qui m’aura le plus retourné. On aurait tendance à penser que plusieurs saveurs trop fortes s’annulent. Hors dans ce cas c’est précisément l’inverse. Comme en buvant un grand cru, des arômes surprenants se développent à chaque mastication et après déglutition. Ce qui devait être pour moi un challenge stupide à la Jackass, s’avéra une expérience raffinée. Un des meilleurs Burgers que j’ai mangé de ma vie ! Personne ne va me croire. Tant pis. Composition (de haut en bas) :- Bun supérieur - Natto - Steak 80 gr - 2 toastinettes - Nori - Steak 80 gr - Sauce Samouraï Delays - Bun inférieur |
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Les plus : - Une expérience enrichissante à tenter au moins une fois dans sa vie - Un véritable tourbillon de sensations contradictoires - Très nourrissant Les moins : - Des arômes un peu trop puissants pour un palais d’occidental - Une esthétique discutable (à cause des "tiques") |
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Note du chroniqueur : 20 / 20 - Note des lecteurs : 16.63 / 20 - (8 Votes)
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